Dans une interview exclusive publiée le 24 octobre 2026 par Agora TV Suisse, Me Benoît Sansonnens, avocat à Fribourg, explique pourquoi les procédures de protection de l’enfance coûtent si cher aux familles et ce qu’il conseille aux parents face à un placement.
L’avocat : Me Benoît Sansonnens, avocat indépendant dans le canton de Fribourg depuis environ 25 ans, Étude Sansonnens & Bossel.
L’association : Mouvement Parents, Enfants, Jeunesse (MPEJ), qui a organisé le 16 octobre 2026 la conférence sur les placements d’enfants où Me Sansonnens a présenté son exposé « Touche pas à mon fric ».
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L’interview dure 18 minutes. Me Benoît Sansonnens est d’abord spécialisé en responsabilité civile et en droit des assurances. Il s’est tourné vers le droit de la famille après avoir découvert, dans plusieurs dossiers, des dysfonctionnements importants. Ces dossiers l’ont choqué, dit-il, car on ne voit pas cela dans d’autres domaines du droit.
Il revient sur l’exposé qu’il a présenté à la conférence du Mouvement Parents, Enfants, Jeunesse (MPEJ), sous un titre volontairement accrocheur : « Touche pas à mon fric ». Selon lui, l’intervention de l’État dans les familles est devenue une question d’argent, et chaque procès peut devenir un enfer financier. Une expertise pédopsychiatrique coûte entre 15’000 et 25’000 francs selon les cas. Désigner un avocat pour l’enfant n’est pas une mauvaise idée en soi, mais dans les faits cet avocat ose rarement prendre des conclusions différentes de celles des services de protection de l’enfance. Au bout du compte, la facture d’une procédure peut monter jusqu’à 100’000 francs. Ce n’est pas une moyenne, précise-t-il, mais cela arrive.
L’assistance judiciaire n’est pas la solution miracle non plus, car elle n’est pas gratuite. Pour Me Sansonnens, ce domaine est devenu une véritable industrie, pour des résultats qui ne sont pas bons. C’est pourquoi le MPEJ attire l’attention sur cette question financière. Si les parlementaires freinent le financement d’interventions qui ne sont pas opportunes, il y aura selon lui moins d’interventions, et les familles s’en porteront mieux.
Il ne dit pas pour autant qu’il faut éviter la justice. Pour une convention sur la prise en charge d’un enfant, il est même presque obligatoire de la faire homologuer par un juge.
Son conseil le plus ferme concerne les services de protection de l’enfance, comme la DGEJ dans le canton de Vaud ou le SEJ dans le canton de Fribourg. Il prend l’exemple d’une famille unie dont un adolescent commence à fumer des joints et à moins bien travailler à l’école. Face caméra, il déconseille fermement aux parents de demander de l’aide à ces services. Selon lui, ils cherchent à mettre en cause les parents plutôt qu’à les aider, et un signalement est souvent le début de la fin. Il conseille plutôt de s’adresser à un thérapeute privé ou au pédiatre.
Me Sansonnens reproche aussi à de nombreux intervenants de ne pas suivre une démarche scientifique. Les parents peuvent apporter des faits, des rapports et des courriels, mais l’intervenant reste sur sa position. Il y voit un grand manque d’humilité et recommande le film « Fjord », qui montre selon lui une réalité vécue tous les jours. Il compare avec un policier honnête qui, au fil de l’enquête, accepte de changer de piste quand les preuves ne correspondent plus.
Il comprend qu’un enfant soit placé par mesure superprovisionnelle, par précaution, quand la situation n’est pas claire. Mais quand il apparaît qu’il n’y avait pas de problème particulier, il faut le reconnaître vite et mettre fin au placement. Un cas de ce type a été présenté le jour de la conférence. L’enfant est presque tout le temps chez ses parents, mais le placement continue parce que personne ne dit stop.
Il reprend aussi un chiffre rappelé par Julien Dura, président du MPEJ : 80 millions de francs pour la protection de la jeunesse dans le canton de Vaud. À 100’000 francs par poste, cela représente l’équivalent de 800 postes de travail. Vu les résultats, il parle d’argent jeté par la fenêtre et d’un système qui s’autoalimente. On dit que les foyers manquent de place, mais les adolescents les plus difficiles sont renvoyés de l’un à l’autre comme une patate chaude.
Il prend enfin l’exemple d’un père qui hausse le ton parce que son fils a fumé un joint et ne travaille pas à l’école. Avec les nouvelles dispositions, ce simple recadrage pourrait selon lui être vu comme une violence psychologique et déclencher toute une procédure. Il rappelle que le Code civil donne à l’enfant le droit de choisir sa religion à partir de 16 ans révolus. Avant cet âge, ce sont les parents qui décident, et un intervenant qui dit le contraire ne respecte pas la loi. Il regrette les anciennes justices de paix, proches des villages, où un juge réglait les problèmes avec bon sens et par le dialogue.
Cette interview donne une information générale. Elle ne remplace pas une consultation juridique. Chaque situation est particulière.
Pour contacter Me Benoît Sansonnens : Étude Sansonnens & Bossel, boulevard de Pérolles 3, 1700 Fribourg, téléphone +41 26 322 64 75. Renseignez-vous auprès de l’étude sur les possibilités d’assistance judiciaire.
Sur notre site, vous pouvez aussi lire :
- La lettre ouverte de Me Benoît Sansonnens à Manon Schick, directrice de la DGEJ
- Sa lettre à la Commission nationale de prévention de la torture
- La conférence du MPEJ du 16 octobre 2026 en vidéo
- L’interview de Julien Dura, président du MPEJ
Nous remercions Agora TV Suisse d’avoir réalisé et diffusé cette interview.
Vous êtes parent et vous vivez un placement ou une procédure difficile ? Vous pouvez nous écrire. Votre témoignage nous aide à montrer que ces situations ne sont pas isolées.
Cet article existe aussi en allemand (Deutsch).
Source : Agora TV Suisse, YouTube, 24 octobre 2026
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